Imbroglio identitaire : un choc culturel Littérature Afro ☀ 

Imbroglio identitaire

un choc culturel

À mon arrivée au Canada, l’ethnicité à cocher sur les formulaires administratifs officiels m’a toujours mise mal à l’aise. Le choix à faire est très manichéen, on est soit ceci, soit cela, sinon on n’est rien. Car vous l’aurez remarqué, il n’est pas possible de cocher ‘autre’. ‘Autre’ n’existe pas dans le continuum des races, vision Service Public.  Les asiatiques, les autochtones et les afro-américains sont peut-être (et pour une fois) les seuls à avoir la vie facile et à être les mieux servis dans ces formulaires du service public, mais pour le reste c’est pas mal compliqué. 

Soit on se retrouve décrit de façon anthropologique : caucasien, quoique notre Amérique du Nord ait décidé d’avoir une définition très réductrice de ce mot et ne l’applique qu’aux personnes blanches. Autant je m’interroge sur cette limitation, autant j’imagine le brésilien blanc qui se demande s’il doit cocher hispanique ou caucasien, ou encore l’espagnol qui se gratte la tête devant caucasien ou hispanique, et l’italien… bref, vous avez certainement compris le topo.  Ayant des idées préconçues (tout comme toi qui me lit en ce moment), j’imagine que le sud-africain blanc, cochera sans hésiter la case caucasienne, mais le nord-africain blanc aura-t-il le même réflexe ? Et même s’il l’a, il sera vite ramené à l’ordre par la case qui le concerne. Le continuum des races vision Service Public  dédaigne les 50 nuances de gris et pour lui, le métis n’existe même pas. Donc si vous êtes un mélange de noir et de latino, d’arabe et de caucasien, d’autochtone et d’asiatique, vous devrez cocher, euh … je vous laisse choisir, quel que soit le mélange.

Quant à moi, je n’en ai pas fini avec mes élucubrations concernant mon choc culturel lié aux formulaires gouvernementaux. La seule et unique case à cocher qui m’est imposée, me décrit comme Black/ African/American. À l’africaine que je suis, vous me direz que je chipote et que c’est la même chose, mais ça, on en parlera dans une chronique future. Me voilà du coup afro-américaine dans les données statistiques canadiennes. 

J’en suis à peine revenue, que depuis quelques années je me retrouve affublée d’une nouvelle appellation: je suis une minorité visible. Je continue pourtant à me sentir si invisible, si inaudible, à en avoir le vertige ; aujourd’hui où je suis enfermée dans cette terminologie, je suis carrément claustrophobe au point d’avoir des difficultés à me définir; tout simplement parce que d’autres ont fait ce choix et je m’en suis rendue complice. 

Comment cela me direz-vous? Tout simplement en cochant Black/African-American, sans marquer un temps d’arrêt. Sans me donner le temps de la réflexion. J’ai à peine eu le temps de souffler qu’aujourd’hui, je suis racialisée. Ou racisée, c’est selon. Je suis une personne racialisée ! Je me savais femme, je me savais noire, mais là ! Racialisée ! Mais qui donc m’a racialisée ? Pour moi, ce mot renvoie à une position victimaire, une condition subie. Je présume que la sociologue française Colette Guillaumin en utilisant ce néologisme ne pensait pas à mal mais décrivait les personnes touchées par le racisme et la discrimination, certes. Mais est-il pertinent de désigner une partie de la société avec un terme ou la seule interaction avec les autres est basée sur la race ? Et qui sont ces autres ? Ce sont des racialiseurs ? Des leucodermes sans race ? Et qui en a décidé ainsi ? Où se trouve ce G20 ou plutôt G8 des races, qui détient ce pouvoir de racialiser le reste du monde? Ces personnes racialisées ne devraient-elles pas être autour de la table lorsque des termes savants pour les désigner sont inventés ? Vous m’en direz tant de l’autodétermination 

Pour récapituler, je suis black chez les français qui ont peur du noir tant Johnny Halliday leur a rabâché les oreilles en chantant noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir, pour les canadiens je suis racialisée, moi qui me croyais à la limite racée (je rigole à peine ) .

Mais sachez qu’au cœur de mon Afrique natale, je suis… un humain, tout simplement… Et vous ? Qui êtes-vous ?

Imbroglio identitaire : un choc culturel

Elykiah Doumbe 

Shifteuse de paradigme

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