Littérature Afro ⭐

La couleur des mots

Bio6
Je suis une Afro-optimiste et personne ne me fera broyer du noir ooops!
 Quelle est l’origine de ces ‘expressions colorées’ ?

Les avis sont partagés quant à l’origine de cette pratique, pour décrire une situation ou une personne négative; d’aucuns la situent au 13ème siècle, lorsque la couleur noire est associée pour la première fois au diable. D’autres estiment que c’était plutôt au 15ème siècle, le but à cette époque étant de diaboliser les noirs pour justifier l’esclavage. D’autres encore n’y voient qu’un malheureux concours de circonstance, du fait de l’homme des cavernes qui se sentait en contrôle le jour et en danger la nuit, l’obscurité (le noir), étant ainsi porteuse de choses négatives. Toujours est-il que par la suite, différents auteurs s’en sont donné à coeur joie et ont décliné les expressions ‘noires’ pour illustrer diverses situations négatives.

Quoiqu’il en soit, le fait de donner une connotation négative à la couleur noire semble être très occidental. C’est en vain que j’en ai cherché l’équivalent dans différentes langues africaines… et je continue de chercher.

Et si on changeait de paradigme?

Même s’il ne s’agit pas toujours ni seulement de race dans ces expressions,  les mots ne sont pas anodins; ils peuvent servir à une propagande culturelle qui s’inscrit dans l’inconscient collectif. C’est ainsi que l’on associera la couleur noire, y compris celle des personnes à des choses négatives, au risque de discriminer par inadvertance.

Je m’étais pourtant promis de ne plus utiliser ces expressions qui associent la négativité à la couleur noire ; cependant, elles font tellement partie de notre quotidien que nous les avons adoptées et nous les utilisons même tous les jours, sans y réfléchir par deux fois. Personnellement, j’en ai usé et abusé au point de saturation.

J’ai pris un malin plaisir à une période, à utiliser fréquemment ces expressions colorées et à remplacer le mot noir par bleu (vous noterez que je n’ai pas dit vert pour éviter d’offenser les martiens). Le mouton bleu devient celui qui est rejeté, l’outsider, la caisse bleue devient illégitime, la misère bleue n’est plus seulement réservée aux Noirs, l’humeur bleue n’est pas celle de la femme noire en colère, et la bête bleue est désormais celle que l’on ne veut plus voir en peinture ou que l’on a du mal à comprendre. 

Certains de mes interlocuteurs (blancs), après un moment de stupéfaction, puis d’agacement, puis (certainement) de réflexion ont osé me demander pourquoi je transformais ces expressions et cela nous a permis d’engager une conversation sur le sens et le pouvoir des mots, sur la discrimination et sur le racisme.

Ces expressions ont la peau dure car malgré ma volonté de les bannir de mon langage, il m’arrive encore d’en utiliser quelques unes au passage, surtout lorsque je suis à court de mots. Je reste cependant vigilante et je vous invite à l’être aussi lorsque vous utilisez certaines expressions. Demandez-vous si elles ont du sens, si elles peuvent discriminer, offenser… Et jamais, au grand jamais, ne me demandez de vous montrer patte blanche avant de me recevoir chez vous.

 

   Elykiah Doumbe    

Shifteuse de paradigme 😉

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