Littérature Afro ☀ 

Wakanda

C’est d’abord dans la tête !

https://www.bloomberg.com/news/articles/2018-11-05/how-hannah-beachler-built-black-panther-s-wakanda

Je ne sais pour quelle raison la rédaction de cette chronique m’embarque au cœur de mes (très)  lointains souvenirs d’enfance. Il me revient certaines paroles des ainé(e)s de mon époque, décrivant la beauté de tel homme ou telle femme, s’extasiant devant leur noirceur, canon de beauté indiscutable. 

Avec le recul, je comprends pourquoi à l’école, je ne me suis jamais offusquée de m’entendre jeter au visage : regarde comme elle est noire comme du charbon ! bien au contraire, j’en tirais une sorte de fierté. J’aurai tellement aimé que ces moqueries soient plus fréquentes. Pour moi, c’était le summum du compliment. Mais je me souviens que ces mêmes ainé(e)s s’extasiaient tout aussi bien sur la beauté d’une peau plus claire, couleur miel comme ils disaient. 

En fait, il n’y avait pas de comparaison à faire entre les différentes nuances de la peau noire. Il n’y en avait pas une plus belle que l’autre. Il n’y avait pas non plus de stéréotypes ni de statut social ou autre, attachés à l’un ou l’autre teint ; les gens étaient juste appréciateurs d’une belle peau, et si possible homogène. 

Souvenir banal n’est-ce pas ? Mais Ô combien important pour cette petite fille que j’étais ; cette petite fille qui s’est forgée une image corporelle positive rien qu’en écoutant des commentaires d’adultes. Comme quoi, si nos conversations les plus anodines peuvent avoir un tel impact, imaginez à quel point la confiance d’un enfant peut être stimulée, s’il se reconnaît en écoutant des discours positifs d’adultes, et ce dans tous les domaines. 

Imaginez à quel point la fierté d’un enfant et son estime de soi peuvent se développer, dès lors qu’il sait que les siens lui font confiance, croient en lui, sont convaincus qu’il est capable de réussir tout ce qu’il entreprend. 

Imaginez à quel point cet enfant peut être créatif si on lui donne l’occasion de rêver et imaginez à quel point il peut se défendre sans crainte mais avec maîtrise, avec ses mots, si on l’encourage à s’exprimer…  

Booster la confiance de cet enfant, c’est certes lui permettre de forger sa personnalité et son caractère (fort, capable, intelligent, courageux), mais c’est également valoriser l’histoire de ceux et celles qui l’ont précédé et en qui il peut se reconnaître. C’est transmettre ces valeurs qui font la colonne vertébrale d’un être humain.

Il est clair que pour nous qui entretenons le rêve d’une renaissance africaine, des efforts de déprogrammation du mental sont nécessaires ;  (re)construire les fondations de Wakanda, il faut repositionner notre mindset et paramétrer celui des plus jeunes. Nous pouvons le faire par les actes mais surtout par la parole. La parole des plus vieux, transmise à travers les contes, les légendes, les proverbes. Notre parole même qui se doit d’être constructive, positive et bienveillante, en tout tant ; car comme la petite fille que j’étais, les enfants écoutent.

Si des commentaires sur la beauté du teint noir ont pu me nourrir et m’aider dans mon parcours, alors quel peut être ce discours, qui livre les personnes à la dépigmentation ? Qui tient ce narratif qui se perpétue au sein de nos familles et de nos communautés ? On peut probablement l’imaginer, mais cela fera l’objet d’une prochaine chronique.

Elykiah Doumbe        

Shifteuse de paradigme

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